Bossouvi Carlos (26/12/2015)

cyclotourisme Un défi solidaire

6500 km à vélo du Bénin à la France

Auteur : Carlos Bossouvi 

Récit recueilli par Catherine Étienne

Préface : Claude Marthaler

Carlos Bossouvi est un africain d'origine extraterrestre, végétarien et sympathisant de la philosophie bouddhiste. Le voyage l'a révélé. Il en ressort grandi, comme un terrien extra, toujours aussi rieur et modeste, d'une sincérité désarmante. Plus grand que lui-même, son rêve de rallier Cotonou à Jarcieu en pédalant ressemble à un morceau de lune tombé du ciel. Il l'a longtemps gardé secret, avant de le confier à quelques amis étrangers, car ses semblables l'auraient traité de fou - ce qu'ils ne se sont pas privés de faire.

En route, la plupart du temps, les Africains ne savaient pas quoi dire. Ils l'abordaient comme un mutant, avec un mélange de curiosité, d’admiration, de perplexité, de compassion et de respect. Car dans les pays du Sud, le vélo représente à la fois un signe de pauvreté et un outil de travail, lorsqu'on n'a pas les moyens de s'acheter une moto ou plus. Carlos est sans doute l'un des rares Africains à avoir osé quitter son lieu d'origine et affronter l'inconnu pour le simple bonheur de voyager et la volonté de soutenir une association humanitaire, qui plus est, à vélo.

On le prendra pour un immigré de plus, remontant plein nord vers l'Europe, cette cyclotourisme forteresse qu'il abordera pourtant, dit-il, « sans préjugé, avec un œil d'explorateur ». Une sorte d'exploration inversée, mais sa couleur de peau et le fait d'être né sur une autre plaque tectonique, ne l'a pas rendu égal face à la liberté de mouvement. Aux éléments naturels qui ont mis sa détermination à rude épreuve, se sont ajoutés les obstacles, plus fourbes, de l'administration. Plus il remontait son continent, plus elle lui mit des bâtons dans les roues. Malgré les renseignements pris à l'avance, à la frontière mauritanienne, on le renvoie illico à Bamako, au Mali, pour demander un visa. Le Maroc voulait le renvoyer à Dakar, au Sénégal. Quand au visa Schengen - le plus dur à obtenir - il aura fallu plusieurs interventions au plus haut niveau pour qu’on le lui accorde finalement.

 

Le voyage à vélo exige bien d'autres choses que la seule endurance du sportif. Le périple initiatique de Carlos l'a conduit au réel. À vivre des instants magiques aussi, ces rencontres d'anges-gardiens qui vous prennent sous leurs ailes au moment même où le doute aurait pu s'installer, la lutte faisait place à la déroute. Carlos a entrevu la puissance de sa volonté, s'est confronté à ses limites. Une fine balance entre physique et mental. Africain atypique, il cyclotourisme parvient parfois, comme nous, à « perdre du temps » face aux étapes-mammouth qu'il s'était imposées. Jamais pourtant, ses tribulations ne lui ont apparues comme une vaine souffrance, même si « les kilomètres sont chers ». L'adversité lui a permis de se réinventer sans cesse, de parier sur son identité, de puiser dans ses ressources intérieures. Les frontières qu'il a franchies, bien réelles pourtant, se conjuguèrent soudainement au pluriel, reculèrent à chaque coup de pédale, ne furent plus celles qu'il croyait, mais celles qu'il vivait. Le vent a poncé sa chair jusqu'à l'âme : il est devenu son compagnon, un ami même, qu'il a finit par adopter pour surmonter sa solitude. La chaleur extrême, jusqu'à 50 degrés, l'a meurtri pour mieux le faire renaître à lui même, lui signifier son appartenance à un monde plus vaste, plus coloré, plus humain aussi. S'abandonner au monde, seule manière peut-être de ne jamais réellement abandonner.

Enfant de la génération internet, on le découvre paradoxal et subtil, plus prompt à alimenter ou à se nourrir de son compte Facebook qu'à réparer une chambre à air. Son voyage, expérience fondatrice, il le décrit aujourd'hui comme « un piège » qui l'a rendu accro. Carlos ne cherchait sans doute rien ou ignorait tout simplement ce qu'il était parti chercher, mais il l'a trouvé. Au bord du monde, à bord de lui-même.

(Claude Marthaler a passé plus de seize ans de sa vie à voyager sur son vélo, dont sept pour réaliser un tour du monde. Durant ses périples, il a collaboré en tant que correspondant avec divers quotidiens suisses et des magazines spécialisés. À chaque retour, il présente au public, sous forme de conférences ou de films, ses aventures, expériences et rencontres. Son premier livre, Le Chant des roues, a obtenu le Prix Caillié des écrits de voyage 2003. À tire d'Elles, Femmes, bicyclette et liberté,son huitième ouvrage, paraîtra en 2016. Deux documentaires télévisés lui ont été consacrés : « La fin du voyage » (52', 2003) et « Claude Marthaler, embrasser la terre » (70', 2015).)

2016- 134 pageshttp://www.jarnati.fr/4.html . Pour commander ce livre, envoyez votre chèque à l’ordre de : Association JAR’NATI, 24 rue des Tisserands – 38270 Jarcieu

Prix : 17 € + 4 € de frais de port = 21 €

 

21:06 Écrit par Biblio-cycles de Philippe Orgebin et Jean-Yves Mounier | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer